|
Plus d'un quart des grandes entreprises françaises n'ont pas d'activité BtoB sur Internet ou n'ont rien à dire sur le sujet. Parmi les 40 entreprises du CAC 40 interrogées par BtoBavenue, une douzaine affirment être " en projet ", " en cours d'expérimentation " ou " ne pas souhaiter répondre à l'enquête ".
Premier constat : le secteur de l'assurance est à la traîne. " L'e-BtoB
est un peu prématuré pour notre secteur. Nous nous attachons à travailler convenablement avec notre système " a déclaré Axa au cours de l'enquête. Même écho chez AGF-AZUR : " nous n'avons rien dans ce domaine. Ni en interne, ni dans le secteur d'ailleurs". S'agissant d'une forme d'indifférence apparemment commune à toute la profession, les réticences vis-à-vis de l'e-BtoB paraîssent du coup moins surprenantes que l'attitude de certains mastodontes, opérant dans des secteurs de pointe tels que l'aéronautique ou les nouvelles technologies (Dassault Systèmes, EADS, ST Microelectronics, pour ne citer qu'eux) et qui affirment ne pas avoir d'activité dans le BtoB ou qui concèdent tout au plus " être en cours de réflexion ".
Il faut dire que l'effet de mode lié à l'e-BtoB paralyse parfois commentaires et déclarations. Et cela pour plusieurs raisons. Premièrement, parmi les entreprises qui déclarent être en cours de réflexion ou d'expérimentation, se trouvent aussi celles qui se sentent en retard mais n'ont pas envie de l'avouer. Faire partie du CAC 40 et ne pas se mettre (" comme tout le monde ") à l'e-transformation pourrait provoquer de l'embarras à l'ère de la " communication " tous azimuts.
Deuxième raison de la paralysie des commentaires : souvent, les projets de développement dans le domaine du BtoB font partie de la stratégie même d'une entreprise, sur laquelle la discrétion est de rigueur vis a vis des concurrents. Et même si comme l'affirme Alexandra Rocca, directeur des partenariats d'Air Liquide, " les entreprises communiquent beaucoup entre elles car la démarche est pionnière et qu'une curiosité mutuelle s'installe ", tout le monde ne se prête pas forcément au jeu. De la même façon, lorsqu'on s'étonne, par exemple, que, dans l'hotellerie, Sodexho Alliance n'ait encore rien de prêt sur le sujet alors qu'Accor a déjà développé plusieurs programmes e-BtoB, Sodhexo y va de sa phrase sibylline : " il y a des sociétés qui fonctionnent avec l'effet d'annonce ". Du coup, Serge Ragozin, directeur de l'hôtellerie pour Accor, réplique : " ils ne doivent pas avoir grand chose de prévu. Ils attaquent pour s'en défendre ".
Peut-être. Mais le fait que certaines entreprises laissent leurs concurrents se jeter à l'eau les premiers "pour voir ce qu'ils ont imaginé" est aussi une réalité. Le BtoB via Internet coûte cher et la démarche reste incertaine. Le cabinet d'études Jupiter MMXI prévoyait récemment 80% d'hécatombe parmi les places de marché d'ici 2004.
Globalement, notre enquête sur le CAC 40 et l'e-business révèle d'abord une totale absence d'homogénéité entre les différentes stratégies d'entreprises. Bien sûr, ces entreprises appartiennent à différents secteurs d'activité, dont les problématiques n'ont rien à voir les unes avec les autres. Mais le caractère hétéroclite des démarches montre aussi à quel point les entreprises en sont encore au stade de l'expérience. Dans ce sens, où il n'y a pas de bons ou de mauvais modèle, et chacun tente sa chance.
Si les comportements sont singuliers, certaines tendances commencent pourtant à s'esquisser. Tout d'abord, plusieurs groupes ont commencé leur aventure e-business par des tests sur le marché américain. Air Liquide, par exemple, participe aux tables rondes de Chemconnect.com (une place de marché dédiée à la chimie)depuis plusieurs mois. En place depuis 1995, cette marketplace bénéficie d'une certaine expérience que l'Europe ne détient pas encore. Grâce à ses observations, Air Liquide développe une stratégie réfléchie qui lui permettra sans doute de ne pas emprunter des voies trop incertaines. De la même manière, Schneider Electric s'est lancé l'an dernier sur marketsite.com (la place de marché de Commerce One) aux Etats-Unis, et réfléchit actuellement à la façon d'y intégrer un outil interne d'e-procurement.
D'autres, au contraire, multiplient les expériences. TotalFinaElf, champion de cette catégorie, est actionnaire fondateur de plusieurs places de marché internationales et ne compte pas s'en tenir là. "Comme aucune place de marché ne correspondait à notre taille et nos besoins, nous avons préféré nous lancer nous-mêmes", commente Bertrand Deroubaix, directeur du groupe e-procurement de TotalFinaElf. D'ailleurs la plupart des grands industriels ont choisi de construire leurs propres places de marchés plutôt que de participer à des marketplace prêtes à l'emploi. Quitte à se regrouper ensuite entre professionnels du secteur. "Eutilia (place de marché dédiée au secteur de l'énergie) a été initié par des conseillers et des opérateurs de place de marché indépendants qui sont venus nous soumettre leurs idées. Finalement, les industriels du secteur ont préféré élaboré Eutilia entre eux, sans l'aide de ces opérateurs", explique Thierry Chambol, responsable des applications Internet de Suez Lyonnaise. Du coup, ces plate-formes regroupant plusieurs acteurs d'un même secteur sont souvent de taille importante. C'est le cas des GNX, WWR ou encore CPG market, construites par les géants de l'agro-alimentaire et de la distribution.
Quelques industriels adoptent en revanche des démarches beaucoup plus timides. Alcatel, par exemple, vend certains de ses produits sur Voltimum, une place de marché européenne dédiée à l'installation électrique encore peu développée, mais le groupe n'a aucune stratégie d'e-procurement pour ses besoins internes. Idem pour les grands groupes comme TF1, Bouygues, Lagardère, LVMH, ou Vivendi qui investissement (ou ont investi) des dizaines de millions en créant ou en prenant des participations dans des sociétés ou start-up de la net-économie - sans éprouver le besoin d'en adopter les outils pour leur propre gestion, ne serait-ce que pour prêcher par l'exemple.... Vivendi Universal compte par exemple, plus de 40 participations dans l'e-commerce, alors que personne à l'état major du groupe n'est capable de dire si on y utilise l'e-procurement pour les achats. Même chose chez Lagardère, qui se présente comme un groupe high-tech, spécialiste entre autres du Net, mais qui ne possède pas d'outils nécessaires à la gestion de ses propres besoins. Equant, fournisseur de solutions e-business est peut être le cas le plus surprenant, puisqu'il vend de l'e-business, mais ne le pratique pas.
Enfin, la tendance la plus répandue consiste à développer en interne des places de marché privées, tant pour acheter que pour vendre. Le vocabulaire varie selon les groupes. On parle "d'Exchange", de "place de marché privée" , de "marketplace interne" ou même "d'intranet externalisé". Accor, Air Liquide, Bouygues, Casino, France Télécom, Schneider Electric, Suez, Thalès (ex-Thomson-CSF) ou encore Valeo, utilisent ou développent ce genre d'outils. Quel que soit leur rôle (acheteur ou vendeur) sur ces places de marchés internes ou privées (regroupant en général l'ensembles des filiales et des fournisseurs), ce comportement montre comment la plupart des sociétés souhaitent à la fois participer à de grandes places de marchés internationales, de type industriel, où l'intimité est plus difficile, et des réseaux parallèles, plus familiers, pour entretenir des relations privilégiées avec leurs interlocuteurs. "On fait partie des rares à pouvoir conjuguer un back-office béton et une relation préservée avec nos clients" explique France Télécom, qui est justement en train de créer, pour les grands comptes, un espace privatif dans lequel il pourront passer commandes de leur produits sous contrat. Pour l'heure, le BtoB en France est un sable mouvant sur lequel seuls les plus audacieux et souvent les plus puissants tentent leur chance.
Suite de l'enquete sur www.btobavenue.com
Audrey Siourd - © 2001 BtoBavenue.com |